Matin 1 sur 12 · La route d’Emmaüs
Mercredi 26 août 2026
Deux hommes s’en vont
« Or, ce même jour, deux disciples étaient en route vers un village nommé Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades, et ils s'entretenaient de tous ces événements. »
Luc 24, 13-14
(Crampon 1923)
Nouveau Testament · Évangile selon saint Luc, 49e des 73 livres · dernier chapitre
Une histoire commence ce matin. Elle tient tout entière dans une route, entre une ville qu’on quitte et un village où l’on rentre.
Douze matins, et nous l’aurons faite en entier.
Le matin d’où ils viennent
Un mot d’abord sur l’endroit où nous ouvrons le Livre, puisque nous allons y rester douze jours. Le Nouveau Testament, c’est la seconde partie de la Bible : celle qui raconte Jésus et les débuts de l’Église. Saint Luc en est le troisième des quatre récits de sa vie. Et nous entrons dans son dernier chapitre — après cette route, il ne reste que quelques pages.
Maintenant, la scène.
Nous sommes le matin de Pâques. Le matin où, pour la première fois, on a trouvé vide le tombeau de Jésus.
De grand matin, des femmes de leur groupe y sont allées. Le corps n’y était pas. Deux hommes en vêtements resplendissants leur ont dit qu’il est vivant. Elles sont revenues le rapporter aux autres.
Voici ce que les autres en ont fait :
« Mais ils regardèrent leurs discours comme vain racontage, et ils ne crurent pas ces femmes. »
Luc 24, 11
Un vain racontage : des paroles en l’air.
Pierre, lui, a couru jusqu’au tombeau. Il n’a trouvé que les linges, posés à terre. Il est rentré chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé.
Et c’est ce matin-là — « ce même jour » — que deux disciples quittent Jérusalem. Deux de ceux qui suivaient Jésus pour apprendre de lui.
Soixante stades
Soixante stades. Dans les mesures de ce temps-là, un peu plus de dix kilomètres.
Deux à trois heures de marche, d’un bon pas.
Ce n’est pas un départ vers l’inconnu. Emmaüs est un village, et tout indique qu’ils y rentrent. Une route de retour — de celles qu’on connaît par cœur et qu’on ne regarde plus.
Retenez ce chiffre, il commande tout le reste : l’histoire que nous allons suivre pendant douze matins dure exactement le temps d’un retour à pied. Pas une vie entière. Pas quarante ans de désert. Deux ou trois heures de chemin.
Douze matins pour nous. Pour eux, le temps de rentrer.
Ils s’en vont quand même
Arrêtons-nous là-dessus, parce que cela ne tient pas debout.
Ce matin même, on leur a annoncé que leur maître est vivant. Ils ont entendu l’annonce. Ils étaient là.
Et ils partent.
Le récit ne les excuse pas. Il ne les accuse pas non plus. Il ne dit pas qu’ils fuient. Il ne dit pas qu’ils abandonnent. Il ne dit rien du pourquoi.
Relisez le verset du jour : il donne le jour, la route, la distance, la conversation. Le pourquoi n’y est pas.
Et voici plus étrange encore. De tous ceux qui ont entendu la nouvelle ce matin-là, ceux que l’histoire choisit de suivre, ce sont ces deux-là. Les deux qui tournent le dos.
Ils n’arrivent pas à parler d’autre chose
Une dernière chose, et elle est dans le verset du jour.
« ils s'entretenaient de tous ces événements. » Tout le long du chemin, ils parlent de ce qu’ils viennent de vivre.
Leurs pas s’éloignent de Jérusalem. Leur conversation, elle, n’en sort pas.
Ils s’en vont, et ils n’ont que cela à la bouche.
Voilà ce qu’il y a à emporter, ce premier matin : on peut tourner le dos à une histoire sans réussir à parler d’autre chose.
Pour creuser
Emmaüs ne se lit que cinq fois dans les 73 livres. Les quatre autres emplois sont au premier livre des Maccabées, et c’est chaque fois une place de guerre : des armées y campent, on s’y bat, puis on la fortifie de murailles, de portes et de verrous. Ici, c’est un village où deux hommes rentrent.
« Stades », l’unité qui mesure leur route, compte onze emplois. Des marches d’armées, un fleuve de sang, une mer traversée à la rame, et les dimensions de la cité céleste à la fin de l’Apocalypse. Un mot d’arpenteur.
Deux lieux seulement, dans tout le Nouveau Testament, voient leur distance à Jérusalem comptée ainsi. Emmaüs, à soixante stades. Et Béthanie, à quinze — le village de Marthe, de Marie et de Lazare.
Aucun changement de jour n’est marqué dans le dernier chapitre — le vingt-quatrième et dernier de Luc. Il s’ouvre « le premier jour de la semaine, de grand matin » (Luc 24, 1), et notre scène s’y accroche par « ce même jour ».
Le chapitre est bâti sur une route. Il commence en quittant Jérusalem, et il se termine à Jérusalem, dans le temple — donc le livre entier. Le mouvement de sortie de ces deux versets est exactement celui que tout le reste va retourner.
En parler
Ils ont entendu la nouvelle, et ils sont partis quand même. Si cela vous dit quelque chose, voici la question à poser.
Lilium Dei est ouvert : un compagnon avec qui parler de ce qu’on lit, chaque jour. Vous pouvez lui poser cette question — ou la vôtre.
- À garder
- « ce même jour, deux disciples étaient en route » — Luc 24, 13
- Aujourd’hui
- la prochaine conversation qui compte, proposez de l’avoir en marchant. Deux personnes qui marchent côte à côte se disent des choses qu’elles ne se disent pas face à face.
- Une question
- de quoi parlez-vous en marchant, que vous ne dites jamais assis ?
- Demain
- quelqu’un les rattrape sur la route.
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La Bible lue : traduction de l’abbé Augustin Crampon, 1923. Chaque citation est vérifiée contre ce texte avant l’envoi ; le texte intégral de Luc est sur Wikisource, pour aller y voir. Cette lettre est écrite avec l’aide d’une intelligence artificielle et relue avant chaque envoi. Le compagnon de dialogue de l’application est une machine, jamais une personne.