Matin 2 sur 12 · La route d’Emmaüs
Jeudi 27 août 2026
Un troisième sur la route
Hier, le matin de Pâques, deux disciples ont quitté Jérusalem vers Emmaüs, en parlant de tout ce qui venait d’arriver.
« Pendant qu'ils discouraient, échangeant leurs pensées, Jésus lui-même les joignit et fit route avec eux ; mais leurs yeux étaient retenus de sorte qu'ils ne le reconnaissaient pas. »
Luc 24, 15-16
(Crampon 1923)
Nouveau Testament · Évangile selon saint Luc, 49e des 73 livres · dernier chapitre
Ils sont deux sur cette route. Dans quelques secondes, ils seront trois.
Et vous allez savoir avant eux qui vient d’arriver.
Le bruit d’un troisième pas
Ils marchent depuis un moment. Ils parlent — de ce qui s’est passé à Jérusalem, de ce qu’ils ont vu, de ce qu’on leur a raconté ce matin. Ils ne parlent que de ça.
Quelqu’un les rattrape.
Il ne les hèle pas. Il ne se plante pas devant eux. Il fait ce que fait un marcheur qui rejoint deux marcheurs : il cale son pas sur le leur, et il avance.
C’est Jésus.
Relisez le verset du jour : il le dit tout de suite, sans ménagement, sans préparer personne. « Jésus lui-même les joignit et fit route avec eux ». Celui dont ils parlent depuis Jérusalem. Celui qu’ils croient mort depuis trois jours.
Il est là, tout près. Il écoute deux hommes raconter sa mort.
Et eux ne voient qu’un inconnu.
Ils ont vécu avec lui, et ils ne le reconnaissent pas
Arrêtons-nous là-dessus, parce que c’est invraisemblable.
Ces deux-là sont des disciples : des gens qui ont suivi Jésus pour apprendre de lui. Ils ont mangé avec lui. Ils ont dormi dehors avec lui. Ils connaissent sa voix, sa démarche, sa manière de se taire.
Et trois jours après sa mort, il marche à côté d’eux — et rien.
On voudrait une explication simple. Le soir qui tombe. La fatigue. Les larmes. Le récit ne donne aucune de ces excuses. Il donne quelques mots, et ils sont plus étranges que le silence :
« leurs yeux étaient retenus de sorte qu'ils ne le reconnaissaient pas »
Luc 24, 16
Retenus. Tenus. Empêchés de voir. Comme si quelque chose, ou quelqu’un, avait posé la main dessus.
Ils ne sont pas aveugles. Ils voient parfaitement un homme sur la route. Ils ne voient pas lequel.
Retenus par qui ?
C’est la question, et le récit ne répond pas.
Regardez bien la phrase : elle dit que leurs yeux étaient retenus. Elle ne dit pas par quoi. Elle ne dit pas par qui. Personne n’est nommé. Personne n’avoue.
Ce n’est pas un oubli. Le même récit, quelques lignes plus loin, saura être d’une précision chirurgicale sur des détails minuscules. Ici, il choisit de ne pas dire.
Et il ne se dépêche pas de rattraper. Cet empêchement ne va pas se lever au détour du chemin. Il va durer toute la route. Des heures.
Comment leurs yeux finiront par s’ouvrir — et sur quoi — le récit le garde pour lui. Dans huit matins, nous y serons.
Quelqu’un marche à côté de vous
Voilà où ce deuxième matin nous laisse.
Deux hommes parlent d’un mort. Le mort marche avec eux. Il les écoute. Il ne dit rien encore.
Rien, dans ce qu’ils voient, ne les mènera à ce qu’ils cherchent. Et pourtant ce qu’ils cherchent est déjà là, en train de régler son pas sur le leur.
Retenez seulement ceci, ce matin : on peut être accompagné sans le savoir.
Pour creuser
« Retenus » ne se lit que trois fois dans les 73 livres. Le mot est rare, et la compagnie qu’il tient est saisissante. Au livre de la Sagesse, ce sont des hommes plongés dans la nuit, « retenus comme enfermés dans une prison sans verrous » (Sagesse 17, 16). Dans l’Évangile selon saint Jean, ce sont des péchés retenus (Jean 20, 23). Et ici, des yeux.
Une prison sans verrous : rien ne ferme, et pourtant on ne sort pas. N’importe quel lecteur peut refaire le rapprochement dans sa propre bible — les trois emplois sont là, et il n’en existe pas de quatrième.
La phrase montre et voile en même temps. Le texte écrit « Jésus lui-même les joignit », et non « un inconnu les joignit » : vous savez dès le premier mot ce que les personnages ignorent, et tout le récit d’Emmaüs tient sur cet écart.
Puis le verbe bascule au passif, et le passif ne dit pas qui retient. Leurs yeux « étaient retenus » — personne n’est nommé. La phrase fait exactement ce qu’elle raconte. Elle montre, et elle cache.
En parler
Ce qu’ils cherchaient marchait à côté d’eux, et ils ne l’ont pas vu. Si cela vous dit quelque chose, voici la question à poser.
Lilium Dei est ouvert : un compagnon avec qui parler de ce qu’on lit, chaque jour. Vous pouvez lui poser cette question — ou la vôtre.
- À garder
- « leurs yeux étaient retenus de sorte qu'ils ne le reconnaissaient pas » — Luc 24, 16
- Aujourd’hui
- choisissez quelqu’un que vous voyez chaque jour sans plus le regarder, et regardez-le aujourd’hui comme si vous le rencontriez pour la première fois.
- Une question
- qu’est-ce qui retient vos yeux en ce moment : la fatigue, la colère, l’habitude, le chagrin ?
- Demain
- l’inconnu dira ses premiers mots.
Recevoir la lettre de demain matin.
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La Bible lue : traduction de l’abbé Augustin Crampon, 1923. Chaque citation est vérifiée contre ce texte avant l’envoi ; le texte intégral de Luc est sur Wikisource, pour aller y voir. Cette lettre est écrite avec l’aide d’une intelligence artificielle et relue avant chaque envoi. Le compagnon de dialogue de l’application est une machine, jamais une personne.