Matin 3 sur 12 · La route d’Emmaüs
Vendredi 28 août 2026
« De quoi vous entretenez-vous ? »
Hier, Jésus a rejoint les deux marcheurs — et leurs yeux, retenus, ne l’ont pas reconnu.
« De quoi vous entretenez-vous ainsi en marchant, que vous soyez tout tristes ? »
Luc 24, 17
(Crampon 1923)
Nouveau Testament · Évangile selon saint Luc, 49e des 73 livres · dernier chapitre
Depuis qu’il a réglé son pas sur le leur, l’inconnu n’a pas dit un mot.
Il va parler. Ce ne sera ni une annonce, ni une leçon.
La première chose qu’il leur dit
Il ne se présente pas.
Il ne dit pas d’où il vient. Il ne dit pas où il va. Il ne corrige rien de ce qu’il vient d’entendre.
Il demande.
Relisez le verset du jour : c’est une question, et rien d’autre.
Or ce qui s’est passé à Jérusalem ces jours-ci, il le sait mieux que personne au monde. C’est à lui que c’est arrivé. C’est sa mort qu’ils se racontent depuis des kilomètres.
Et il demande, comme quelqu’un qui ne saurait pas. Puis il attend.
Demander ce qu’on sait déjà
Arrêtons-nous là-dessus, parce que cela ressemble à de la comédie.
Il connaît la réponse. Il la connaît mieux qu’eux. Et il pose quand même la question.
Alors regardez ce qu’elle fabrique.
Une leçon les aurait fait taire. On écoute une leçon, on hoche la tête, on repart avec son chagrin intact.
Sa question, elle, va faire parler deux hommes qui ne se parlaient qu’entre eux. Tout ce qu’ils portent va sortir — les faits, l’espoir, la déception, le trouble du matin.
Il y a une manière de demander qui n’est pas de l’ignorance. C’est de la place faite à l’autre.
Certaines questions ne cherchent pas une information. Elles cherchent quelqu’un.
Il a vu leur tristesse
Il y a, glissé dans sa question, quelque chose qui ne s’invente pas.
Il les dit « tout tristes ». Ils ne lui ont encore rien dit d’eux. Pas un mot sur ce qu’ils ressentent.
Leur tristesse se voit — elle se voit assez pour qu’un marcheur croisé sur la route la nomme avant eux.
Et il ne fait rien de ce qu’on fait d’ordinaire avec la tristesse des autres.
Il ne la commente pas. Il ne console pas. Il ne dit pas qu’ils ont tort d’être tristes, ni qu’ils comprendront plus tard.
Il la nomme, et il demande.
Le seul geste qui reviendra
Retenez ce geste — demander au lieu d’enseigner. De tout ce qui va se passer sur cette route, c’est le seul qui se répétera.
Avant d’expliquer quoi que ce soit, cet homme demandera encore.
Il n’entre pas chez ces deux marcheurs par ce qu’il sait. Il entre par ce qu’ils portent.
Si vous ne gardez qu’une chose de ce matin : une question fait parler ; une réponse fait taire.
Pour creuser
C’est sa première parole depuis Pâques. Dans tout le chapitre 24, Jésus n’avait pas encore ouvert la bouche : au tombeau, au matin de Pâques, ce sont les deux hommes en vêtements resplendissants qui parlent — pas lui.
Sa première parole du livre après Pâques est donc une question. Et avant tout enseignement, il en posera une seconde (Luc 24, 19) — deux questions successives, sans un mot de leçon entre elles.
« Tout tristes » n’a qu’un seul emploi dans les 73 livres : celui-ci. La tristesse des deux marcheurs n’est pas racontée par le narrateur — c’est l’inconnu qui la nomme, dans sa toute première phrase, avant qu’ils aient dit un mot d’eux-mêmes.
La première chose qu’il voit chez eux, c’est leur tristesse. Et la première chose qu’il en fait, c’est une question.
En parler
Il pose une question dont il connaît déjà la réponse, et c’est elle qui les fait parler. Si cela vous dit quelque chose, voici la question à poser.
Lilium Dei est ouvert : un compagnon avec qui parler de ce qu’on lit, chaque jour. Vous pouvez lui poser cette question — ou la vôtre.
- À garder
- « De quoi vous entretenez-vous ainsi en marchant » — Luc 24, 17
- Aujourd’hui
- posez aujourd’hui une vraie question à quelqu’un — une dont vous voulez la réponse — et ne l’interrompez pas avant qu’il ait fini.
- Une question
- quand vous a-t-on posé, pour la dernière fois, une question dont on attendait vraiment la réponse ?
- Demain
- ils raconteront tout à cet inconnu.
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La Bible lue : traduction de l’abbé Augustin Crampon, 1923. Chaque citation est vérifiée contre ce texte avant l’envoi ; le texte intégral de Luc est sur Wikisource, pour aller y voir. Cette lettre est écrite avec l’aide d’une intelligence artificielle et relue avant chaque envoi. Le compagnon de dialogue de l’application est une machine, jamais une personne.