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Matin 7 sur 12 · La route d’Emmaüs

Mardi 1 septembre 2026

Le reproche

Hier, ils ont rapporté l’annonce des femmes : le tombeau vide, et lui que personne n’a vu.

« Ô hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrit toutes ces choses pour entrer dans sa gloire ? »

Luc 24, 25-26

(Crampon 1923)

Nouveau Testament · Évangile selon saint Luc, 49e des 73 livres · dernier chapitre

Voilà des kilomètres que l’inconnu écoute sans rien dire.

Il va parler. Ce ne sera pas pour consoler.

Celui qui écoutait parle enfin

Ils ont tout dit. Les faits. L’espérance déçue. L’annonce du matin qu’ils n’ont pas crue.

Depuis le début de la route, il les a laissés parler. Pas une interruption. Pas une leçon. Rien que des questions.

Maintenant qu’ils ont terminé, il parle.

Ce n’est pas « je comprends ». Ce n’est pas « comme vous avez dû souffrir ».

« Ô hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les Prophètes »

Luc 24, 25

C’est rude, et il ne retire rien.

Qui accepterait cela d’un inconnu ?

Personne.

Un homme croisé en chemin vous traite d’homme sans intelligence : vous le laissez au bord de la route et vous pressez le pas.

Et c’est bien le point. Ce reproche ne passe que parce qu’il arrive à cette place-là. Il les a laissés tout dire, jusqu’au bout, avant de prononcer un seul mot. Deux ou trois heures de marche à écouter deux hommes raconter sa propre mort sans les reprendre une fois.

Un reproche qui ouvre la conversation est une gifle. Le même reproche, après des kilomètres d’écoute, peut être reçu.

Le droit de reprendre quelqu’un ne se déclare pas. Il se gagne, et il se gagne en écoutant.

Ce qu’il ne leur reproche pas

Regardez maintenant ce qu’il laisse tranquille.

Il ne leur reproche pas d’être partis. Pas d’être tristes. Pas même de n’avoir pas cru les femmes.

Une seule chose : d’avoir été lents à croire ce qu’ont dit les prophètes — ces hommes qui, dans leurs livres saints, parlaient de la part de Dieu.

Ce qu’il fallait croire était chez eux depuis toujours. Dans des livres qu’ils lisaient depuis l’enfance. Et ils ne l’y avaient pas cru.

Et puis il y a le mot qu’il choisit pour leur cœur.

Pas fermé. Pas dur. Lent.

Un cœur lent n’est pas un cœur incapable. Il lui faut du temps. Et une route de plusieurs heures, c’est exactement cela : du temps.

Il finit par une question

Aussitôt après, il demande : ne fallait-il pas que le Christ — celui que Dieu avait promis d’envoyer à son peuple — passe par ces souffrances pour entrer dans sa gloire, c’est-à-dire dans la pleine lumière de la vie de Dieu ?

Même pour reprendre, il ne fait pas la leçon. Il pose une question.

Et cette question retourne toute leur histoire. Ils ont raconté cette mort comme la fin — la preuve que tout était perdu. Lui demande : et si ce n’était pas la fin ? Si c’était le passage ?

Ils ne répondent pas. La question reste posée, telle quelle.

Mais quelque chose vient de bouger. Ce qu’ils portaient depuis le départ comme un échec vient d’être retourné en une phrase — et celui qui l’a retournée ne leur a encore rien expliqué.

Retenez seulement ceci, ce matin : le droit de reprendre quelqu’un se gagne en l’écoutant d’abord.

Pour creuser

  • « Sans intelligence » revient dix-sept fois dans les 73 livres. Et la compagnie du mot est instructive : il désigne Job, qui reconnaît avoir « parlé sans intelligence de merveilles qui me dépassent » (Job 42, 3) ; la colombe d’Osée, « simple et sans intelligence » (Osée 7, 11).

  • Dans Job, par deux fois, le mot vise celui qui parle trop vite de ce qu’il ne comprend pas. Les deux marcheurs viennent de faire un long récit très sûr de sa conclusion ; le mot tombe juste.

  • C’est le seul reproche du récit, et sa place est calculée. Il vient après les versets 17 à 24, où l’inconnu n’a fait que questionner et écouter, et juste avant le verset 27, où commence l’explication — entre l’écoute et l’enseignement, exactement.

  • Et même là, il ne déclare pas : le reproche s’achève en question. « Ne fallait-il pas ». Jusque dans la réprimande, la méthode du questionneur ne change pas.

En parler

Il les reprend durement, après des heures d’écoute — et ils l’acceptent. Si cela vous dit quelque chose, voici la question à poser.

Comment accepter une remarque sans se sentir jugé ?

Lilium Dei est ouvert : un compagnon avec qui parler de ce qu’on lit, chaque jour. Vous pouvez lui poser cette question — ou la vôtre.

À garder
« dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les Prophètes » Luc 24, 25
Aujourd’hui
si vous devez reprendre quelqu’un aujourd’hui, écoutez-le d’abord jusqu’au bout. Le reproche n’a le droit de venir qu’après — c’est l’ordre du récit, et il est bon.
Une question
qui a le droit de vous reprendre — et qu’a-t-il fait pour le gagner ?
Demain
il reprendra toute l’histoire — depuis le commencement.

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Cette lettre est faite pour être transmise. Si quelqu’un vous est venu à l’esprit en la lisant, elle est aussi pour lui.

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La Bible lue : traduction de l’abbé Augustin Crampon, 1923. Chaque citation est vérifiée contre ce texte avant l’envoi ; le texte intégral de Luc est sur Wikisource, pour aller y voir. Cette lettre est écrite avec l’aide d’une intelligence artificielle et relue avant chaque envoi. Le compagnon de dialogue de l’application est une machine, jamais une personne.

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